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L’amour à l’épreuve de celle qui se révèle

À l’occasion de la journée de la visibilité lesbienne, j’ai envie de parler d’un angle dont on parle peu.
On imagine souvent la transition de genre comme un parcours individuel. Mais parfois, une transition traverse aussi un couple.

L’une des réactions qui me surprennent encore est l’étonnement de personnes découvrant que j’aime toujours la même femme, comme si, dans l’imaginaire de beaucoup, une femme trans devait nécessairement avoir été attirée par les hommes auparavant, ou comme si l’orientation changeait avec la transition. Dans mon cas, ce n’est pas ce qui s’est passé.

J’aimais une femme avant. J’aime aujourd’hui encore profondément la même femme, peut-être plus intensément qu’avant.

Ce qui a changé, ce n’est pas l’amour. C’est la vérité avec laquelle cet amour peut être vécu.

Cette vérité ne transforme pas seulement celle qui transitionne. Elle peut aussi amener sa partenaire à se demander si, sans le savoir, elle aimait déjà une femme qui se cachait. Et cela peut ébranler ce qu’elle croyait savoir de sa propre orientation.

On me demande parfois comment une femme trans peut aimer une femme, ou pourquoi transitionner pour révéler qu’on est une femme lorsqu’on aime une femme. Ce qui me frappe, ce n’est pas la question elle-même, mais combien cette confusion entre identité de genre et orientation reste répandue. Beaucoup semblent encore imaginer que l’orientation affective changerait avec la transition de genre.

Or il s’agit de deux réalités différentes. Et cette incompréhension dit quelque chose du manque d’information, et parfois de la désinformation, qui entourent encore ces questions.

Car si l’on parle parfois d’aimer les femmes, la vérité plus intime est plus simple encore : j’aime une femme. Ma femme. Et cela depuis bientôt trente-sept ans, toujours autant, peut-être davantage.

On demande plus rarement à une femme trans ce que cela signifie pour la femme qu’elle aime. Peu de récits parlent de cela. Pourtant c’est aussi une part de ce que certaines transitions traversent.

Cette remise en question ne se joue pas seulement dans l’intime. Elle apparaît parfois jusque dans les gestes les plus ordinaires. Dire simplement « ma femme » dans certaines démarches peut encore produire une hésitation, comme si l’amour, lorsqu’il sort des catégories attendues, déstabilisait jusqu’au langage le plus banal. Cela rappelle que les cadres sociaux sont parfois plus étroits que les vies qu’ils cherchent à nommer.

J’ai appris qu’aimer ne résout pas tout. Mais j’ai appris aussi que l’amour peut parfois survivre là où les catégories échouent.

Peut-être que certaines métamorphoses exigent une descente en soi, un lent travail de rectification, avant de révéler ce qui demeurait caché, non seulement en soi, mais dans le lien lui-même.

Reste alors une question : ce que l’épreuve dissout… révèle-t-elle aussi ce qui, dans le lien, demeure ?

Crédit photo © 2026 Eve-Gwenaëlle Bourhis

A propos de

Je suis Eve, ingénieure de développement chez Orange, spécialisée en backend Python/Django, et référente Mobilisnoo à Orange Stadium à Saint-Denis, Île-de-France.
Passionnée de technologie et issue d’un parcours fortement marqué par l’open source, je m’intéresse aujourd’hui aussi aux enjeux humains dans le monde du travail, notamment autour de l’inclusion.
Femme trans, j’ai longtemps vécu dans le silence, sans comprendre ce que je traversais.
Si j’ai choisi de témoigner aujourd’hui, c’est pour rendre visibles ces parcours invisibles, et encourager la parole de celles et ceux qui n’osent pas encore.
Parce que parfois, mettre des mots sur ce que l’on vit est déjà un premier pas vers la liberté.