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L’évolution de la population Trans

En ce 31 mars, journée internationale de la visibilité Trans (TDOV), je souhaitais vous parler de l’évolution de la population transgenre au cours du temps.

Tout d’abord si on ressent le besoin de comptabiliser les personnes Trans, c’est avant tout parce que cette population a nettement plus de risques(1) de suicide que le reste de la population et que des traitements médicamenteux et dans certains cas chirurgicaux particuliers leur sont nécessaires.

Comparativement aux adultes cisgenres, les adultes transgenres sont trois fois plus susceptibles d’avoir déjà pensé au suicide et près de six fois plus susceptibles d’avoir déjà tenté de se suicider.

Pour une bonne gestion de la santé publique, on doit donc évaluer avec une bonne marge de manœuvre le nombre de personnes concernées. Cette volumétrie permet aussi de prendre les mesures administratives adéquates pour être en capacité de gérer dans des délais raisonnables les changements d’état civil nécessaires à une vie normale des transgenres.

Mais l’évaluation des personnes Trans n’a pas toujours été nécessaire.

Dans certaines tribus d’Amérique du nord, à l’ère précoloniale, 5 genres (2) existaient, hommes masculins, femmes féminines, hommes féminins, femmes masculines, transgenre, reconnaissant ainsi la diversité de l’espèce humaine, aucune contrainte administrative ne s’appliquait aux 3 genres les moins nombreux. Et à l’époque les traitements hormonaux dits « de substitution » n’étaient pas connus.

Personne aux 2 esprits ou “ two-spirit ”, un terme qui appartient aux communautés Premières nations d’Amérique du Nord, les habitant.e.s originel.le.s du Canada et des Etats-Unis, qui désignent des personnes possédant différentes combinaisons d’esprits masculin et féminin, pour aller jusqu’à l’existence de 4 voire 5 genres, et à différentes orientations sexuelles loin du prisme binaire occidental.

Mais revenons-en au présent. Et en Europe au 21ème siècle.

Commençons par la France. Comme je l’avais évoqué dans le livre « Les homophobes sont-ils… ? » aux Editions iconovox, les trans sont invisibles en France. On ne les compte pas du tout ce qui induit de dramatiques pénuries de personnels formés pour accompagner les personnes trans.

On ne connaît que des chiffres fournis par la Société Française d’Etudes et de prise en Charge de la Transidentité, la SoFECT, sur un an, de septembre 2009 à septembre 2010 (source livre La transyclopédie, aux Editions des Ailes sur un Tracteur) :

  • 6 équipes médicales,
  • 341 nouvelles demandes de consultations par an,
  • 154 transformations chirurgicales
    dont 81 dans le sens homme-femme (MTF)
    et 73 dans le sens femme-homme (FTM),
  • 187 interventions complémentaires (implants, retouches, etc.),
  • 329 nouveaux traitements hormonaux,
  • 1229 personnes suivies régulièrement en endocrinologie.

En Belgique, Canada et Thaïlande, 210 Français se sont fait opérés sur la même période.

Dans le rapport de l’IGAS (Hayet Zeggar et Muriel Dahan, décembre 2011), parmi les personnes ayant recours à une ou plusieurs interventions de transformation chirugicale, on estime que 32% passent par un hôpital public en France, 12% dans une clinique privée en France et plus de 66% à l’étranger. En France, les estimations les plus élevées donnaient alors 15 000 personnes trans en France.

Depuis, des études plus sérieuses, de plus grande ampleur ont permis de découvrir que la population Trans était largement sous estimée.

Une population largement sous estimée

Aux États-Unis, le recensement et le National Health Interview Survey, posent des questions pour identifier les personnes transgenres ou d’autres minorités de genre.
https://www.cdc.gov/lgbthealth/transgender.htm

Le California LGBT Tobacco Survey de 2003 a révélé que 3,2% des personnes LGBT s’identifient comme transgenres.

Les analyses des enquêtes de 2007 et 2009 suggèrent que 0,5% des adultes âgés de 18 à 64 ans se sont identifiés comme transgenres (Conron 2011).

En 2011, on estime que 0,3% des adultes aux États-Unis sont transgenres (3).
En 2016, on en compte 0,6%, soit deux fois plus  (4).

On découvre aussi que les jeunes passent de plus en plus la barrière psychologique qui empêche de s’afficher comme transgenre (0,16 points de plus que les plus de 65 ans qui se sont cachés toute leur vie et osent moins l’afficher).

Si on applique ces % à la population française…

on arrive à 0,6% de 67 000 000 soit 402 000 personnes trans. A des années lumières des chiffres identifiés par la France.

Ramené à la population des salarié.e.s Orange (152 000 salariés au 30 septembre 2017, dont 93 000 en France), cela donnerait environ 560 salarié.e.s trans à Orange.

Il est donc nécessaire d’arrêter de considérer que cela ne concerne que quelques individus et de prendre les mesures d’accompagnement de cette population afin qu’elle se sente considérée et traitée respectueusement et équitablement.

Sources

(1) Demographics and Health of California’s Transgender Adults, By Jody Herman, Bianca D.M. Wilson, Tara Becker, October 2017
https://williamsinstitute.law.ucla.edu/demographics/health-trans-adults-ca/
(2) Le saviez-vous ? Les amérindiens comptaient 5 genres différents !
https://positivr.fr/amerindiens-comptaient-5-genres-differents/
(3) Why We Don’t Know the Size of the Transgender Population, FiveThirtyEight, By Mona Chalabi, July 29, 2014
https://williamsinstitute.law.ucla.edu/press/why-we-dont-know-the-size-of-the-transgender-population/
(4) Updated estimates show 1.4 million adults identify as transgender in the US, doubling estimates from a decade ago, For Immediate Distribution, June 30, 2016
https://williamsinstitute.law.ucla.edu/press/press-releases/updated-estimates-show-1-4-million-adults-identify-as-transgender-in-the-us-doubling-estimates-from-a-decade-ago/
(5) Evaluation des conditions de prise en charge médicale et sociale des personnes trans et du transexualisme, Hayet ZEGGAR et Muriel DAHAN, décembre 2011
http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/124000209-evaluation-des-conditions-de-prise-en-charge-medicale-et-sociale-des-personnes-trans-et

A propos de

Je suis une femme née homme et oui ça existe on a l'usage de dire que je suis transidentitaire.
Je suis salariée chez Orange depuis ....1987, c'est loin déjà !
J'ai commencé en CPE ou je manageais des techniciens/agent des lignes et gestionnaires doc FTA.
puis j'ai fait différents postes dans le SI projet conception, urbanisme du SI.
Ensuite j'ai travaillé sur les sorties d'offres GP et les processus ADSL.
J'ai fait de l'audit interne aussi et actuellement je suis animatrice et formatrice pour des managers.

Je suis engagée dans deux associations LGBT, Mobilisnoo et le jardin des T.
J'aime la mode (oh le cliché), et ma carte bleue s'en plaint souvent ;-)
J'aime le running aussi, je m'entraine entre deux et trois fois par semaine.

2 commentaires

  1. Utiliser les données de la SOFECT, c’est n’importe quoi car eux même font tous pour essayer de « casser » les personnes transgenres.

    1. On ne peut que mettre en évidence le décalage entre les données sofect et celles d’organisations qui comptent et évaluent sérieusement le volume des personnes transgenres. C’est bien l’un des objectifs de mon article

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