Témoignages

Trans, elle nous apporte un témoignage poignant

Le quotidien d’une personne trans, en cours de transition, dans la vie quotidienne, dans l’entreprise. C’est le témoignage qui nous est laissé. Il est simple, émouvant, sincère. Il nous questionne sur l’accompagnement que l’entreprise met en place, sur le regard de l’autre.

Francine* nous a écrit pour nous faire partager son expérience et ses doutes dans sa démarche de transition.

Son témoignage, émouvant, d’une grande sincérité, illustre les difficultés des personnes trans, tant dans leur démarche personnelle que dans leur accompagnement.

Ce travail d’aide, d’accompagnement et de reconnaissance est un enjeu que les associations LGBT, et Mobilisnoo en particulier, ont à cœur de porter auprès des entreprises et des pouvoirs publics.

Voici son témoignage.

« (…)
Depuis le mois de janvier ma vie bascule.
Depuis l’enfance je suis plus à l’aise avec l’univers féminin qu’avec l’univers masculin.
Depuis l’adolescence, j’ai aussi pris conscience que j’aimais m’habiller en femme et aussi que j’étais fortement attiré par les femmes.
Mais j’ai eu aussi à ce moment là un mal être en me demandant de quoi serait fait mon avenir sans trop savoir ce qui m’inquiétait exactement sauf cette ambiguïté entre genre et sexualité. J’ai pensé à me suicider mais y ai renoncé en me disant que je loupais peut être des moments de bonheur.
A cette époque, j’ai réussi à en parler à une seule personne, mon petit frère, qui n’a pas compris mon message, mon appel, et qui a rompu le dialogue : je suis venu le voir habillé et maquillé avec les affaires de notre mère.

Puis j’ai rencontré ma femme dès les début de mes études supérieures.
J’ai cependant continué à avoir envie de m’habiller en femme tout au long de ma vie, je l’ai fait avec ses vêtements à elle… Elle a été au courant très vite.

Avec elle, j’ai posé les bases d’une stabilisation de mon coté homme, nous avons eu deux filles et nous avons vécu ensemble jusqu’à ce que ma femme considère que nos vies étaient devenues parallèles et que nous ne partagions plus de projets communs.
Elle est partie il y a une semaine et demi.

L’éloignement a commencé l’été dernier, début juillet 2013.
Vers la fin de l’année, ma femme m’a dit, comme ça, comme un cheveu sur la soupe, que si j’avais envie de venir travailler habillé en femme, elle me soutiendrait et me défendrait si on se moquait de moi (elle n’avait alors pas encore pris la décision de me quitter).
J’ai eu comme un électrochoc, je me suis dit alors que je voulais avoir mes propres affaires; j’ai acheté des vêtements à ma taille, j’ai choisi une perruque, me suis acheté des chaussures, un sac à main, du maquillage.
Cependant, je vis toujours en homme et ne m’habille en femme que lorsque j’ai suffisamment de temps pour effectuer cette transformation physique.
Souvent quand je dois revenir à mon apparence d’homme, j’ai l’impression de me poignarder, particulièrement quand j’enlève la perruque!

Mais prendre la décision de devenir une femme, je n’y suis absolument pas prêt à l’heure actuelle. Je cherche d’abord à éprouver cette envie sur des périodes plus longues que quelques heures (effectuer des tests à plus grande échelle). J’éprouve de très grandes joies en femme, j’ai par trois fois fait du shopping en magasin, je ne m’en lasse pas; j’y passe des heures et cela me procure des sensations et des émotions très fortes lorsque je me vois dans les miroirs des magasins en face des cabines d’essayage. J’ai plusieurs fois été au bord des larmes, des larmes de joie. Je n’ai jamais eu ces émotions lorsque je fait du shopping en homme.

Je suis donc dans l’expectative et avancer plus me fait peur pour les conséquences avec mon entourage (mes filles sont au courant depuis peu) et surtout mes voisins et dans l’ entreprise où tous me connaissent depuis longtemps comme Franck* et auront sans doute du mal à passer de Franck à Francine. Serais-je en mesure d’assumer cela? Est-ce le bon choix de commencer à prendre des hormones? Et l’opération de changement de sexe?…
J’ai encore beaucoup de doutes et d’interrogation et le travail avec ma psychologue ne me permet pas (encore) de trouver toutes les réponses.

Voilà pourquoi je me pose la question de l’accompagnement éventuel d’Orange, surtout en devant gérer par ailleurs ma séparation. De plus, au travail, j’ai une pression pour trouver un nouveau poste avant la fin de l’année.
Cette profonde remise en question de mon existence, avec toutes les autres problématiques sont autant de défis que j’espère pouvoir relever. »

(*) Les prénoms ont été changés

11 commentaires

  1. Bonjour, je suis tomber par hazard sur ce sit d’orange ,je trouve votre demarche tres courageuse j’aimerais un contact. Abientot .Robert.

  2. Merci Francine pour le courage dont tu fais preuve en t’exprimant… le courage des autres alimente le mien, j’espère que le mien pourra alimenter celui des autres et ensemble nous gagnerons la bataille de la confiance en nous… et puis si nous réussissons à garder le sourire, nous n’en serons que plus belles 😉

  3. une drôle d’histoire qui finit bien. Il y a des moments dans la vie où ça nous tombe dessus sans prévenir… Accepter ou refouler, telle est la vraie question…

  4. Simple histoire de société. Ici en Europe on en fait toute une histoire. En Asie vous en croisé à tous les coins de rues. Et ça ne dérange personne. Ahlala, des fois je me demande comment on peut être aussi borné en France. Mais bon, en espérant que ça change…

  5. oui, cette histoire est celle de tant d’autres, d’autres qui n’ont sans doute pas la chance de rencontrer celles et ceux qui leur ouvre la porte de leur vie, pas celle qu’on leur a imposé, celle qu’il ressentent au plus profond d’eux même. alors si vous avez le moindre doute sur votre identité de genre, contactez mobilisnoo, nous chercherons les moyens de vivre VOTRE vie.

  6. bonjour,

    je suis réalisateur de documentaires pour la télévision et prépare en ce moment un film sur le transgenre, porté, en priorité, par des témoignages. Le récit de « Francine » m’a particulièrement touché et j’aimerais entrer en contact avec elle.
    Puis je compter sur vous pour lui transmettre mon message pour, en premier lieu, une simple discussion ?
    merci beaucoup
    Alain Chaufour

    1. Très beau témoignage,

      Malheureusement révélateur des difficultés que l’on doit souvent relever seule….
      Alain Chauffour, sauriez vous peut-être me contacter?….
      Une idée….

      Valérie

  7. Bonjour,
    J’ai depuis mon plus jeune age été intérieurement beaucoup plus féminin que masculin. A l’école primaire j’étais toujours avec des filles, je jouais à la marelle ou à l’élastique, sautais à la corde et préférais les poupées au petite voiture. J’ai commencé à porter des vêtements féminins vers l’age de 8 ans. A cette époque c’était pour les femmes la mode des cirés maxi qui descendaient jusqu’au cheville. Je passais beaucoup de temps chez ma grand mère qui était gardienne d’une salle multiculturelle. Un jour après un concert une femme a oublié son ciré et n’est jamais venu le réclamer. Un jour qu’il pleuvait et que je devais faire des courses ma grand mère m’a dit si tu veux tu n’as qu’à mettre le ciré.
    A peine enfiler, j’ai ressenti une sensation exceptionnelle, je me sentais vraiment fille. Ensuite à chaque fois que j’allais chez elle et que je sortais je le portais. Comme je faisais des petits boulots j’avais un peux d’argent et c’est là que j’ai commencé à acheter mes première robes, mes premiers collants et culottes. Comme j’aidais souvent ma grand mère je lui ai dit que je les avais acheter pour quelles me servent de blouse. Dés que j’arrivais chez elle j’enfilais sur mon pantalon ma robe que je pouvais garder même pour sortir cachée sous mon ciré. Malheureusement à l’époque il n’y avait pas les moyens de communication d’aujourdhui. Depuis plusieurs années je veux vivre dans mon genre mais comme dit Francine c’est une lourde décision à prendre surtout la période de transition. Malgré tout depuis un an je consulte un spécialiste de la transexualité et compte démarer un traitement hormonal prochainement. Je sors parfois en femme mais vis la plus part du temps en homme mais depuis des années je ne porte que des vêtements et chaussures de femme. Habits discret bien sur mais qui laisse paraître quand même un brin de féminité. Je n’ai jusque là pas eu de problème même si je passe pour quelqu’un d’assez efféminé et entend des fois des gens qui disent ce doit être un PD, je n’ai encore jamais eu de signe de violence ni d’agréssivité. Nous n’avons pas choisi de naître comme ça, nous vivons malheureux parce que la plus part des gens imposent des règles souvent stupides et descriminatoires. Chacun est libre de vivre comme il veut du moment qu’il ne fait de mal ni de tort aux autres. Quand je vois certaine femme qui ressemble à des baleines, je pense que nous transgenre sommes beaucoup plus agréable à regarder. Je comprend tes problèmes et tes hésitations, j’en ai aussi mais n’oublie pas on a qu’une vie et elle passe vite. Bisous et fait toi plaisir.
    Pascal(e)

  8. Bonjour Francine
    Je suis moi même transgenre.
    En tant que transgenre, je suis née dans un corps masculin.
    Mon parcours de transition n’a pas été simple. Je m’identifiais au féminin à l’adolescence en dehors de la vue de mon entourage
    Puis je me suis mariée en espérant, à tort du reste, que j’assurerais mon rôle masculin. Mais il n’en est rien : chasser le naturel, il revient au galop.
    Pour assumer mon identite féminine j’y ai accède graduellement. J’ai commence à sortir, à l’instar de mon entourage, au grand jour avec le soucis toujours du regard des autres. Et puis le désir de vivre au féminin était de plus en plus pressant, j’ai décidé de faire mon coming out (révélation) autour de mes ami(es) et famille.J’ai eu droit à quelques rejets ; mais qu’importe c’est la vie telle que je la veux, il n’est pas question de faire machine arrière malgré les pressions : c’est ma vie et ce n’est pas aux autres de me la dicter.
    Il faut ajouter que pendant ma vie professionnelle, et ce n’est pas simple, je vivais au masculin : le risque de rejet voire de licenciement était trop grand. Seul un petit nombre de mon entourage professionnel à qui j’ avais confiance était au courant de mon statut de transgenre.
    Maintenant que je suis à la retraite, je vis au féminin, et avec l’approbation des personnes qui m’ont fait confiance. Le regard des autres ou ce qu’ils pensent me laisse complètement indifférente.
    C’est un plaisir de ce faire appeler Madame. Il y a bien sûr une petite minorité qui voit les choses différemment et la il faut mettre les pendules à l’heure (un peu de respect et ce n’est pas aux autres de gérer ma vie privée)
    C’est l’histoire de mon parcours, il n’est pas nessairement transposable à d’autres en cours de transition mais il peut faire l’objet de pistes de réflexion

  9. Coucou les z’agrum’s,
    Je lis tout cela et vais moi meme posé mon petit temoignage. J’en ferais un plus long plus tard. Je suis FTM transgenre et arrivé depuis peu dans la société Orange. J’ai eu contact avec 2 personnes géniales au sein d’Orange mais plus particulierement de Mobilisnoo. Je les remercie et elles se reconnaitront. Grâce à elles je suis moi même au quotidien et mes collègues m’acceptent tels que je suis. Un petit gars avec une sensibilité et une joie de vivre de petit gosse. Je tiens à donner moi même ce que j’ai reçu de leurs part.
    Le temoignage de Francine est magnifique et je lui souhaite tout le bonheur du monde car vivre pendant des années dans un corps que l’on ne considère pas le notre est très dur.
    J.

Répondre à Valérie Annuler la réponse.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *